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Le rêve que tu as fait deux fois m’est parvenu comme une prémonition de ta libération


Photo Omar Zelig. Lever de soleil sur la baie d'Alger.


Lettre à Ihsane El Kadi, par Lamia Yousfi


Cher Ihsane, cher ami,

Je n’ai pas trouvé de moment opportun pour t’écrire ; je n’ai pas su le faire. J’avais esquissé plusieurs brouillons sans pouvoir rassembler réellement toute ma pensée. Il est délicat, tu le sais bien, d’arriver, en pareilles circonstances, à trouver les mots justes pour exprimer notre désarroi et notre impuissance, à tous, face à ton incarcération brutale et aux épreuves que vous subissez ta famille et toi.

Mais voilà, il y a quelques jours, c’est devenu une évidence pour moi lorsqu’un enfant me lança : « Regarde, le ciel pleure !» et qu’un deuxième rétorqua aussitôt : « Mais le soleil reviendra…» Cet échange spontané m’émut beaucoup, car loin d’être une banalité d’enfants, cela m’a rappelé la subtilité dans la nécessité des choses. La nuit doit être longue et noire avant que l’aube ne naisse, inévitablement, ta détention prendra fin et ton innocence sera affirmée. Et puis, le rêve que tu as fait par deux fois m’est parvenu, comme une prémonition de ta libération. Soudain, je me suis mise à rêver de plus belle, nous nous sommes tous remis à rêver à nouveau que la justice impartiale n’est pas qu’un idéal.

Je me demande souvent ce que l’on ressent lorsqu’on est privé de sa liberté, comment tuer le temps, ne pas céder à l’angoisse du monde extérieur en mouvement ? Peut-être que mon agitation mentale n’est que singulière et que finalement, il n’y a pas de hauts murs qui enferment ni de lenteur pesante mais seulement le silence propice à la quiétude et aux formidables perspectives qu’offre l’esprit. Je sais que tout cet espace, tu l’emploieras à bon escient, c’est ton champ de bataille.

En attendant, de l’autre côté des « façades», rien ne va plus ! Mais nous sommes nombreux, dans une solidarité active et déterminée, fidèles à nos principes, à attendre ton retour, là où se trouve ta place, auprès de ta famille, de tes amis et de tes collègues.

Nous avons confiance en ta capacité à traverser cette dure épreuve avec force et honneur. Nous savons que tu ne fléchiras pas quelles que soient les accusations portées contre toi. Libre tu l’es déjà car être libre, n’est- ce pas, dans le fond, accepter ses défaites passagères et renouer avec les événements l’ardeur intacte ? Mais ça, tu le sais mieux que moi ! Reçois, Ihsane, mes amitiés sincères et mon soutien constant.

Lamia Yousfi




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